T comme Terribles événements

Publié le par Colette Lefevre

Une bien mauvaise nouvelle vient accabler Pierre et il en veut beaucoup à Napoléon, car son neveu Pierre, le fils de Jacques et Marie Anne More , fusilier à la deuxième compagnie du second bataillon de ligne, est décédé le 18 juin 1807 à l’hôpital de Metz, à l’âge de 23 ans. Pierre et Marie Françoise espèrent de tout leur cœur ne jamais connaître ce malheur, ils soutiennent Jacques du mieux qui le peuvent. Pauvre Jacques, veuf deux fois et voilà que son fils se fait tuer à la guerre !

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Marie Françoise connaît une nouvelle période difficile avec le décès de son père, qui quitte ce monde le 12 septembre 1808. Ce qui adoucit le chagrin de Marie Françoise, c’est que son père lui au moins, ne vivra plus dans la misère et n’aura plus à supporter la faim, ce qui n’est pas le cas du reste de la famille et ça c’est le grand désespoir de Pierre. Les années se suivent et se ressemblent beaucoup, de mauvaises récoltes, dues à des étés particulièrement secs, entraînent la hausse des prix et provoquent des disettes. Même si on est habitué à ne pas manger à sa faim, on ne se résigne pas.
La récolte de 1811 est catastrophique, et dès juin, le prix des céréales monte en flèche, aggravant les effets de la crise industrielle. Pierre n’est donc pas étonné que des troubles éclatent, avec le pillage des convois de blé et des émeutes de marché, mais il est ulcéré lorsqu’il apprend ce qui s’est passé à Caen1. Le 2 mars 1812, à la halle de la place Saint-Sauveur, les acheteurs veulent faire taxer le blé tout en réclamant «de l’ouvrage», ils bousculent et poursuivent le maire et le préfet du Calvados, qui se refusent à leur donner satisfaction, des cailloux sont jetés contre l’hôtel de préfecture et l’on va piller en troupe le moulin à eau de Montaigu dont le propriétaire est soupçonné d’expédier du grain à l’étranger. Soixante et une personnes, âgées de treize à soixante deux ans, dont vingt femmes sont arrêtées. Qui eut cru, que pour avoir manifesté parce qu’ils ont faim, vingt cinq  personnes sont condamnées à cinq ans de surveillance, neuf à cinq ans de réclusion à la prison de Beaulieu, huit à huit ans de travaux forcés et huit sont condamnées à mort. Onze personnes seulement sont acquittées. Comment espérer pouvoir accéder à une vie meilleure, Pierre ne croit plus en rien, il se demande jusqu’où cela peut aller, comment vont faire les gens pour vivre. Non vraiment l’avenir n’est pas joyeux. L’été 1812 apporte de bonnes récoltes mettant fin à la crise agricole, mais voilà les salaires chutent, comment s'en sortir ?

 

Par Alexandre-Eugène Prignot — Cette image provient de la Bibliothèque en ligne Gallica et est d’identifiant btv1b7740788f, Domaine public

Par Alexandre-Eugène Prignot — Cette image provient de la Bibliothèque en ligne Gallica et est d’identifiant btv1b7740788f, Domaine public

1- Depuis 1810, la région de Caen connaît une crise notamment dans l'industrie. À cela s'ajoute une mauvaise récolte du blé en 1811. En conséquence, le prix du grain, élément de base de l'alimentation, augmente. Les mendiants se font de plus en plus nombreux dans les rues de Caen. Un dépôt de mendicité est ouvert le 1er février 1812 dans les locaux de l'abbaye aux Dames. La mortalité augmente.
C'est dans ce contexte que des Caennais se pressent le matin du 2 mars 1812 à la halle aux grains (ancienne église Saint-Sauveur). Ils réclament du « travail et du pain ». Rapidement alertés, le préfet Méchin et le maire Jacques-Guy Lentaigne de Logivière arrivent sur les lieux, accompagnés par des gendarmes. Ils sont accueillis par des quolibets. Puis, le maire est directement pris à partie et il est poussé sur un sac de blé. Quant au préfet Méchin, il lance de l'argent à ses agresseurs. Il reconnaît plus tard dans un rapport au ministère de l'Intérieur que c'était « une libéralité intempestive ». Les deux représentants de l’État quittent les lieux. Un colonel arrive du château en renfort avec 25 hommes et fait évacuer puis fermer la halle.
Les manifestants se regroupent sur la place Saint-Sauveur puis 200 d'entre eux se décident à prendre la direction du moulin de Montaigu situé dans le quartier de Vaucelles. Sur la route, certains lancent des cailloux sur les bureaux de la préfecture (ancien collège du Mont). Les soldats les suivent mais ils ne peuvent s'opposer au pillage. Des sacs de farine sont éventrés et pillés. Les émeutiers repartent ensuite chez eux et le calme revient sur la ville. À la préfecture, le préfet s'affaire pour empêcher toute nouvelle émeute. Mais il ne dispose que de peu de forces. Il fait donc appel à des renforts de Cherbourg et envoie un télégramme au ministère de l'Intérieur.
À partir de la matinée du 3 mars, de nombreuses patrouilles de soldat circulent en ville afin d'éviter de nouveaux incidents. Le même jour, le général commandant la place de Cherbourg décide de l'envoi de 200 fantassins. Ils arrivent le 5 mars au matin. Le lendemain, c'est une troupe de 4 000 hommes qui fait son entrée dans la ville. Elle est dirigée par le général Durosnel, aide de camp de l'Empereur Napoléon1. La répression peut ainsi commencer. Plusieurs personnes sont arrêtées dans les jours suivants et conduites à la prison située à côté du palais de justice. Elles sont 61 au total dont 20 femmes ; elles ont entre 13 et 62 ans. Sur ordre de Napoléon, le général Durosnel met en place une commission militaire afin de juger les émeutiers. Elle se tient dans l'enceinte du château. L'instruction se termine le 13 mars. Les procès se déroulent le 14 mars, les émeutiers comparaissent en tant qu'« auteurs, fauteurs ou complices de cris de sédition et de meurtre contre les magistrats et de rassemblements ayant pour but de porter la dévastation et le pillage ». 
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meute_de_1812

 

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