R comme Révolution

Publié le par Colette Lefevre

Pierre a été sidéré lorsque les biens des nobles ont été confisqués, alors que ces biens soient vendus, il n'en revient pas, pourtant c'est ce qui se passe en ce début d'année 1794. Mais à Bellou il y a si peu de biens à vendre, qu’aucun paysan de la commune n’a pu en acheter. Par contre, Jacques Busnel, menuisier aux Tourailles, achète 24 ares de terres ecclésiastiques, ainsi que, avec deux autres individus, le mobilier de l’église de Bellou1.
Suite à l'hiver particulièrement rude de 1794-95, le prix du pain augmente, et les bellouins connaissent une nouvelle et importante disette, aggravée par la politique libérale de la Convention. En 1795 les prix augmentent encore, la récolte médiocre de l'automne rend le pain encore plus cher, l'hiver s'annonce vraiment difficile. Aussi, la colère gronde partout en France, Pierre aussi est en colère, comment va-t-il faire pour nourrir sa famille ? Et cette révolution qui n'arrange rien, bien au contraire, quelle déception, quel désespoir ! Mais à quoi sert donc cette révolution qui ne fait qu'amplifier les soucis du peuple, jamais Pierre ne s’est senti autant découragé. Avant, il avait espoir que tout pouvait changer, mais maintenant il sait que non rien ne changera, les pauvres resteront pauvres et souffriront toujours. Ce qui le soulage, c'est que son père ne voit pas cette débâcle. Au moins lui, il aura gardé ses espoirs, il aura pu croire jusqu'au bout que la vie serait plus douce et plus facile pour tous.
Enfin un peu de bonheur dans tout ce marasme, le 6 février 1795, Anne, la sœur de Marie-Françoise, épouse François Guillien Binet. Les parents de Marie-Françoise sont présents ainsi que son frère Jean. Le bonheur des jeunes mariés met du baume au cœur de tous, mais Pierre lui est mélancolique, tout comme Charles en son temps, il avait rêvé d'une vie meilleure, il est écœuré, tout le temps déprimé.
Marie-Françoise est elle aussi exaspérée. Voici sept ans qu'ils sont mariés, et ils n'ont connu qu'une petite année de tranquillité, ils sont épuisés, trop de privations, trop de soucis, trop d'angoisse. Ils ne dorment pas beaucoup, ils sont toujours sur le qui-vive, ils mangent rarement à leur faim, mais pour les petits il faut tenir le coup, il faut faire face.

1 - La vente des biens nationaux dans le Domfrontais, peut se résumer en trois chiffres : 677 contrats de vente portant sur 4 422 ha de terre pour une valeur de 3 565 000 livres. 
Les ventes se déroulent d'abord à Domfront, devant l'administration de district, à partir du 19 mars 1791 et jusqu'en octobre 1795. L'opération est conduite avec efficacité puisque, au cours de ce laps de temps, sont vendues 81 % des terres du clergé et 55 % de celles des émigrés. Le reste des biens nationaux du Domfrontais est vendu au chef-lieu du département, Alençon, à partir de 1796, pendant le Directoire et nettement au-delà. C'est seulement en 1822 qu'est adjugé un bois de plus de 50 ha provenant de l'abbaye de Lonlay épargné jusque-là par la législation révolutionnaire puis impériale.
Qui sont plus précisément ces propriétaires dépossédés ? Pour le clergé, 63 % des terres (soit 1 205 ha) appartiennent aux abbayes, notamment Lonlay (506 ha) et Belle-Étoile. Les cures et les fabriques paroissiales perdent 22 % des terres ecclésiastiques et le reste provient des collèges et des écoles, des hôpitaux et des chapellenies.
Le groupe des détenteurs de biens d'émigrés se compose de 43 nobles, 7 prêtres déportés, 2 religionnaires fugitifs (protestants) et du duc d'Orléans. Les 43 nobles possèdent 2 416 des 2 498 ha de terres de seconde origine, soit 97 %.
Dans le Domfrontais, les 4 422 ha de terre et le domaine bâti ont été vendus, lors des adjudications publiques au district ou au département, à 489 acquéreurs de première main. Les petits dominent par leur nombre : 60 % achètent moins de 5 ha et seulement 3,6 % plus de 
50 ha.
Biens nationaux et marchés fonciers dans le Domfrontais (Orne) : http://www.persee.fr/doc/ahrf_0003-4436_1999_num_315_1_2220  

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