Q comme Qui eût cru à tant de violence !

Publié le par Colette Lefevre

Pierre va de surprise en désespoir, surtout lorsqu’il apprend ce qui passe en cette année 1793, le 19 janvier Louis XVI est condamné à mort et guillotiné deux jours plus tard. Qui eût cru qu’un jour on guillotinerait le roi !
Le 23 février, la Convention vote la levée en masse de trois cent mille hommes1, cela  provoque un fort mécontentement des paysans et déclenche des émeutes !
On ne parle plus que de ça dans Bellou, le 11 mars dernier, à Machecoul dans la Loire Atlantique2, de nombreux Vendéens, refusant de satisfaire au décret de levée en masse, se sont soulevés contre la Convention nationale. Des bandes se sont formés et ont massacré des prêtres constitutionnels et trois cent sympathisants de la Convention.
Charles disait toujours qu'un jour le peuple se révolterait, il espérait le voir, mais Pierre est persuadé que son père ne pensait pas que ça serait aussi violent.
Et voilà, encore des exécutions, entre autres, le 16 octobre, Marie-Antoinette, condamnée à mort, est guillotinée, le 7 novembre c'est Philippe d'Orléans qui est exécuté, et le 11 novembre, c'est le tour de Bailly, premier maire de Paris. 
En novembre, voilà que l’on s’en prend aux églises catholiques, elles sont fermés et un nouveau calendrier voit le jour, le calendrier républicain, qui remplace le calendrier grégorien.
Tous les repères sont détruits, comment s'y retrouver dans une telle pagaïe ! Pierre se demande à quoi tout ça va servir, le peuple souhaite que sa vie change, mais ces changements ne servent à rien, pourquoi fermer les églises ? Pourquoi changer le calendrier ? Ne pourrait-on pas faire des changements qui servent au peuple ? Comme diminuer le prix du blé, réduire les impôts, réduire le temps de travail !

Pierre est angoissé par cette nouvelle flambée violente qui se produit au milieu de l’an 1793 mais heureusement, elle s’éteint en moins de trois mois. Finalement, ce que chacun craint le plus, c’est la chouannerie3 qui multiplie vols et assassinats contre les partisans de la Révolution, notamment dans le Bocage ornais. Pierre et Marie Françoise sont inquiets, que vont-ils devenir, la menace est partout, ils n'acceptent pas les vols et les assassinats des chouans, ils les redoutent même, d’autant qu’il y a aussi les «chauffeurs4 » qui sévissent. Le moindre bruit suspect, met toute la famille sur ses gardes, on ne sort plus le soir, on ne dort plus que d'un oeil, quelle ambiance lourde à supporter.
Et voilà qui ne va pas simplifier la vie de Pierre et Marie Françoise, le 11 décembre 1793, Marie Françoise met au monde une fille Marie Charlotte. Dans d’autres circonstances ils se seraient réjouis de cette naissance, mais là, non franchement l’avenir est vraiment trop sombre. Cette fois-ci, Pierre, assisté de sa sœur Marie et de son neveu Charles Chable, déclare cette naissance.

AD Orne – Bellou-en-Houlme – Registre BMS 3NUMECEC40/3E2_040_9 Vue 32

AD Orne – Bellou-en-Houlme – Registre BMS 3NUMECEC40/3E2_040_9 Vue 32

1 – Le 23 février 1793, la Convention décide la levée en masse de trois cent mille hommes, pris parmi les célibataires ou veufs de 18 à 25 ans.
La levée en masse consista à faire désigner ou à enrôler par le tirage au sort des hommes de tous les départements de France. Le but était de faire face à la baisse subite des effectifs de l'armée révolutionnaire française due aux pertes, aux désertions et, plus largement, aux départs massifs des volontaires levés en 1792 pour la durée d'une campagne, qui estimaient pouvoir rentrer chez eux, l'ennemi ayant été repoussé hors des frontières.

Cette levée eut un effet très favorable aux armées puisque malgré les résistances et désertions le nombre d'hommes sous les drapeaux s'accrut considérablement.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lev%C3%A9e_en_masse

2 - Le 11 mars 1793 vers huit heures du matin, Machecoul fut assaillie par une foule qui arrivait par toutes les issues de la ville, cinq à six mille paysans, hommes, femmes et enfants, armés de fusils, de fourches, de couteaux de pressoir et de piques, venue des campagnes environnantes, venaient exiger l'arrêt de la campagne de recrutement de 300 000 hommes. D'après Boullemer, membre du district de Machecoul, qui fut le seul témoin direct et en laissa un récit imprimé en novembre 1793 à mille exemplaires par le représentant en mission Garnier de Saintes pour être envoyé à la Convention, au Conseil exécutif et à tous les départements, il servit également de base au rapport que François-Toussaint Villers présenta à la Convention, « on vit arriver par toutes les issues de la ville, cinq à six mille paysans, femmes et enfants, armés de fusils, de fourches, de couteaux, de pressoir et de piques. Ils criaient, en courant les rues : la paix ! la paix! »
https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacres_de_Machecoul

3 - La chouannerie normande est une insurrection contre la République qui, pendant près de sept ans, de l'automne 1793 au printemps 1800, de la rive gauche de la Seine aux marges du Perche, du Maine et de la Bretagne, et débordant à l'occasion, intéresse jusqu'à 10 000 hommes en 1799, même s’ils ne sont jamais mobilisés tous ensemble.
Ces effectifs montrent l'importance du soulèvement, en particulier dans le bocage normand, les chefs chouans se révélant incapables d'entretenir une révolte profonde et durable dans le reste de la Normandie.
La naissance de la chouannerie : L'antagonisme entre les paysans et les villes et gros bourgs éclate dans la chouannerie. Les bourgeois ont fait la Révolution avec l'aide du peuple et l'ont confisquée à leur profit exclusif, ont payé les biens du clergé et des nobles avec des assignats dépréciés ; les fermiers et tenanciers n'ont fait que changer de maîtres, plus durs que les anciens.
En 1790, les prêtres qui refusent le serment civique quittent leurs presbytères, partent à  l'étranger ou restent dans le pays et commencent une périlleuse vie clandestine, protégés par  la population. Leur persécution double leur autorité car elle fait d'eux des martyrs. Des prêtresassermentés les remplacent mais, devant l'hostilité de la population, ils sont obligés de partir et ferment les églises, posant le problème de la déchristianisation.

4 - Les chauffeurs sont des bandes de brigands attaquant diligences, voitures de poste, caisses et convois militaires ou fermes isolées. Pour pénétrer dans les maisons, ils se font passer pour des marchands ou des personnes égarées, certains n'hésitent pas à se servir d'uniformes de la Garde Nationale. S'ils n'arrivent pas à abuser les gens, ils entrent par effraction. Alors une fois dedans, ils pillent avec violence et cruauté, allant jusqu'à brûler les pieds des gens pour leur faire dire où ils cachent leurs économies, d'où leur nom de "chauffeur de pied", après ils accusent les chouans de leurs forfaits. 
François Robillard, né en 1756 à Auvergny (Eure) de parents laboureurs, se lance dans le banditisme en décembre 1792, date de son premier « chauffage » de pieds dans la région de Falaise (Calvados). Condamné à 24 ans de fers pour ce délit, il s'évade des prisons d'Alençon, rejoint sa région natale et constitue une bande de chauffeurs de pieds qu'il dirige jusqu'à son arrestation et son exécution à Lisieux (germinal an IV). La bande de Robillard allait encore sévir sous la direction d'un lieutenant de Robillard, Pierre Duval, jusqu'en floréal an V, date à laquelle ces brigands furent arrêtés les uns après les autres.

Albert Vandal dira d'ailleurs au milieu du XIXe siècle :« Ces bandes comprennent tout ce qui vit hors la loi ; d'abord, le déchet de l'ancien régime, fraudeurs, maraudeurs, faux-sauniers ; puis des réfractaires de tout genre à la Révolution, réfractaires à l'impôt du sang, réquisitionnaires et conscrits fugitifs, soldats déserteurs, survivants des révoltes fédéralistes et des insurrections vendéennes, émigrés rentrés et poussés au crime par l'exaspération ou la misère, aventuriers attirés de l'étranger par la terre de désordre ; enfin, les criminels de métier, galériens en rupture de chaîne, voleurs échappés des prisons, gens en guerre de tout temps avec les lois, s’attaquant aujourd'hui à la  révolution, parce qu'elle figure la légalité établie et s’acharnant à la détruire en détail. »
Sources :
https://rives.revues.org/100
https://books.google.fr/books?id=c9AJAAAAIAAJ&pg=PA252&lpg=PA252&dq=1794+distribution+des+biens+des+nobles&source=bl&ots=msQzaYr36C&sig=KdUBxOaagZJQVtvu4BS_FakcrjM&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiztqCZvtvTAhWGzRoKHcOGAFAQ6AEINTAC#v=onepage&q=1794%20distribution%20des%20biens%20des%20nobles&f=falsehttps://books.google.fr/books?id=V3PSAAAAMAAJ
http://www.persee.fr/doc/ahrf_0003-4436_1999_num_315_1_2220#ahrf_0003-4436_1999_num_315_1_T1_0023_0000
http://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1989_num_39_3_1852

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