H comme Hiver

Publié le par Colette Lefevre

En ce début d'année 1739, Marie Madeleine est de nouveau enceinte. Charles se reprend à espérer un fils et Jacques Charles naît le 6 octobre 1739. Comme Charles est heureux, comme il aime Marie Madeleine qui lui a fait ce si beau cadeau. Pourvu que cet enfant vive, pourvu qu'aucune maladie ne vienne le lui voler, il veille sur son garçon plus qu'il ne l'a fait pour ses filles, non pas qu'il les aime moins, non bien sûr, mais un garçon, tout homme rêve d'avoir au moins un fils !

AD Orne - Bellou-en-Houlme -Registre paroissial 3NUMECRP40/EDPT181_18 Vue 127/130

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Mais ça s'annonce bien mal, le froid s'installe en octobre 1739 et il dure, les jours passent ainsi que les semaines et le froid est toujours là ! Difficile de chauffer la maison, pourvu que Jacques Charles ne prenne pas froid, certes le froid vif tue les microbes, c'est toujours ça de moins à craindre, mais quand même il fait si froid. Noël passe, la nouvelle année est commencée, mais le froid ne désarme pas et ce jusqu'en mars, l'hiver aura duré six mois, Charles a compté 75 jours de gelées dont 22 consécutifs. Certes les gelées de 1740 sont moins rigoureuses que celles de 1709, mais l'été froid et pluvieux qui suit, fait pourrir les cultures provoquant une nouvelle disette.

http://www.caillet-pierre.com/album/neige/

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Le 26 décembre 1740, Paris connaît la deuxième des pires inondations, la Seine déborde de 8,05 mètres et inonde tout sur son passage. L’hiver qui suit est lui aussi très froid avec plus de deux mois de suite de fortes gelées, suivies de près de cinq mois sans pluie, puis une chaleur violente accable le pays et ce sans aucun orage, si bien que l’herbe des champs est aussi sèche que le foin, résultat, toutes les cultures sont détruites. La famine s'installe à nouveau dans les régions atlantiques et le quart sud-est du pays, avec pour seule nourriture du pain d'orge et d'avoine. Pour compléter ce triste tableau, une épidémie de grippe de forme broncho-pulmonaire fait également de nombreuses victimes.

Comme si toutes ces calamités n'étaient pas suffisantes, voici que Charles entend parler de la guerre de succession d'Autriche1 dans laquelle Louis XV entraîne la France en soutien à Charles VII qui prétend avoir droit à la couronne. Charles ne comprend rien à toutes ces histoires de successions et d'intérêts, et il s'en moque, d'ailleurs il ne sait même pas où ça se situe l'Autriche, par contre ce qu'il sait c'est que les impôts vont encore augmenter, car ces guerres sont coûteuses, coûteuses dans les deux sens d'ailleurs, bien entendu au point de vue financier, et l'on va taxer les plus pauvres, et coûteuses aussi mais surtout au point de vue humain, il a entendu dire que 50000 hommes ont été engagés, dont beaucoup chez les pauvres, combien en reviendra-t-il ?

Et ces hivers, qui sont froids et qui se répètent chaque année, ainsi dès le 27 décembre 1741, la Seine est prise par la glace, le mois de janvier 1742 est très rigoureux, du 2 au 25 janvier 1742, les gelées sont ininterrompues. Et c'est dans ce froid glacial qu'un nouvel enfant voit le jour chez Charles, un garçon, Julien Jean qui naît le 8 mars 1742. Il espérait un garçon, Marie Madeleine vient de lui en donner un deuxième, comme il est heureux, ces deux naissances lui ont redonné le moral, il se sent plus fort, plus sûr de lui.

AD Orne - Bellou-en-Houlme - Registre paroissial 3NUMECRP40/EDPT181_19 - Vue 21/170

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1 – La guerre d’Autriche

La guerre de Succession d'Autriche (1740-1748, traité d'Aix-la-Chapelle) est un conflit européen né de la contestation par les États qui y avaient souscrit de la Pragmatique Sanction, par laquelle l'empereur Charles VI du Saint-Empire léguait à sa fille Marie-Thérèse d'Autriche les États héréditaires de la Maison de Habsbourg.
La France avait accepté à mi-mot la Pragmatique Sanction en 1738, pour autant qu'elle ne lésât pas les intérêts des tiers. En l'espèce, elle lèse ceux de Charles-Albert, du moins le prince bavarois peut-il le prétendre. Dans l'opinion, après la mort de Charles VI, un fort courant se dessine pour affaiblir l'ennemi traditionnel Habsbourg. Le comte de Belle-Isle, petit-fils du surintendant Fouquet et gouverneur des Trois-Évêchés, de la Lorraine et du Barrois, régions frontalières, se fait le champion de cette position, contre celle plus pacifiste du cardinal de Fleury.

Par Pierre Lenfant (1704-1787) — [1], Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=599319

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Louis XV cède finalement au parti belliciste : la France soutiendra les prétentions de l'Électeur de Bavière, ne laissant à Marie-Thérèse que son domaine héréditaire. Le 11 décembre 1740, il envoie Belle-Isle, à qui il vient de remettre son bâton de maréchal, assister comme son ambassadeur à l'élection du Bavarois à Francfort.
Le 5 juin 1741, Frédéric II signe un traité d'alliance avec le maréchal de Belle-Isle. Par ce traité, la France s'engage à soutenir militairement l'Électeur de Bavière, et à reconnaître les conquêtes prussiennes en Silésie. En contrepartie, Frédéric ne consent que des promesses.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Succession_d%27Autriche

2 - Le Petit Âge glaciaire est une période climatique froide survenue en Europe et en Amérique du Nord du début du XIVe à la fin du XIXe siècle2 approximativement.

Aucune date précise ne fait l'unanimité pour marquer le début du Petit Âge glaciaire : plusieurs événements, plus ou moins anciens, sont cités comme faisant potentiellement partie du Petit Âge glaciaire, avant la date du premier minimum climatique avéré. À partir du XIIIe siècle, la banquise de l'Atlantique nord s'étend vers le sud, ainsi que les glaciers du Groenland. En 1315 débutent trois années de pluies torrentielles, point de départ d'une période météorologique mouvementée qui dure jusqu'au XIXe siècle. L'avancement des glaciers est attesté en plusieurs régions du monde durant ces quelque cinq siècles, mais une reconstitution de leurs progressions à partir de mesures de terrain montre qu'elles sont finalement restées limitées entre 1600 et 1850. C'est surtout le retrait des glaciers au XXe siècle qui sera spectaculaire.Quelques grands événements climatiques peuvent donc être soulignés comme des points de repère d'un Petit Âge glaciaire étendu du XIIIe siècle au milieu du XIXe siècle :
·1250 : début de l'extension de la calotte glaciaire en Atlantique ;
·1300 : les étés jusqu'alors chauds cessent de l'être de façon nette ;
·1315 : précipitations soutenues et grande famine de 1315-1317 ;
·1550 : début théorique de l'expansion mondiale des glaces ;
·1650 : premier minimum climatique.

Par Pieter Brueghel l'Ancien — Travail personnel Yelkrokoyade Prise le 13 juillet 2012, 09:53:28, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=22426263

Par Pieter Brueghel l'Ancien — Travail personnel Yelkrokoyade Prise le 13 juillet 2012, 09:53:28, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=22426263

La fin du Petit Âge glaciaire est, quant à elle, fixée au milieu du XIXe siècle.
D'après Emmanuel Le Roy Ladurie, l'un des précurseurs de l'étude de l'histoire du climat en France, il serait raisonnable de prendre comme limites du Petit Âge glaciaire en Europe d'une part le début du XIVe siècle (de nombreux étés frais et hivers rudes, plus nombreux qu'au XIIIe siècle qui fait partie du Petit Optimum Médiéval) et d'autre part les années 1860. Les dernières découvertes semblent mettre en évidence 3 phases particulièrement virulentes au sein du Petit Âge glaciaire : de 1303 à 1380, durant le dernier tiers du XVIe siècle et de 1815 à 1860.
Le Petit Âge glaciaire correspond concrètement à un léger refroidissement climatique - de l'ordre de moins de 1°C. Cette diminution peut paraître faible, mais elle était suffisante pour provoquer des hivers rigoureux et ralentir les activités humaines - notamment la production agricole, en particulier au XVIIe siècle. Des archives historiques ou commerciales, des peintures de l'époque témoignent d'hivers rudes et enneigés. En Savoie, on organise même des processions dans l'espoir de conjurer l'avancée des glaces. Le paroxysme de froid est atteint entre les années 1570 et 1730.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Petit_âge_glaciaire

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