G comme Grogne

Publié le par Colette Lefevre

L'été est arrivé et avec lui la chaleur, une chaleur insupportable, caniculaire, jusqu'à 36° en ce début juillet, une canicule qui accable tout le monde, les hommes comme les animaux et met à mal les organismes, une sécheresse qui fait baisser le niveau des rivières et des nappes phréatiques. Les eaux alors infectés, entraînent des toxicoses et provoquent de nombreux décès notamment infantiles par dysenterie. La terre brûlée ne produit plus, les plantes grillent sur pied dans les champs désolés. En plus de la détresse de sa famille, Charles doit faire face à la famine, il n'y a plus rien au jardin pour nourrir la maisonnée, Charles ne supporte pas de voir sa fille et Marie-Madeleine avoir faim, lui qui était si sûr, six ans plus tôt de pouvoir faire face à toutes les difficultés, sûr de protéger sa famille, comment en sont-ils arrivés là ? Oh pas de sa faute certes, ce sort il le partage avec tous les paysans, mais cela ne le console pas. Heureusement Marie Madeleine avait réussi à faire quelques réserves de grains et de fruits séchés au cas où, cette précaution leur permet de passer le cap difficile.


En ce début d'année 1737, Marie Madeleine est enceinte, Charles espère un fils qu'il pourra emmener avec lui aux champs pour lui apprendre le métier et dans le marais où malheureusement il n'a plus trop le temps de se rendre. Mais le 13 septembre, c’est une fille qui voit le jour et qui est prénommée Charlotte Marie. Charles est déçu, son désir n'est pas exaucé, il en veut un peu à Marie Madeleine, qui est heureuse que son enfant aille bien, car garçon ou fille, peu lui importe, ce qui compte c'est la santé de son enfant.

AD Orne - Bellou-en-Houlme -Registre paroissial 3NUMECRP40/EDPT181_18 Vue 105/130

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La naissance d’un garçon aurait réconforté Charles qui est excédé par tous ces impôts1 qui asphyxient les paysans, comment va-t-il faire pour nourrir sa famille, surtout avec  cette corvée royale qui lui prend encore plus de temps qu'avant. A cause des mauvaises récoltes, des pluies torrentielles et de l’action des spéculateurs, la France connaît de graves disettes, Charles n'est donc pas étonné que de nombreux soulèvements populaires aient lieu, lui-même est révolté, il travaille d'arrache-pied, près de 15 heures par jour, sauf le dimanche où il va à la messe, et malgré cela, une nouvelle fois, il n'arrive plus à nourrir sa famille. Heureusement il y a les plantes sauvages comestibles2, elles permettent au petit peuple de survivre, Charles les connaît bien et Marie Madeleine sait les préparer !

1 - Les impôts de l'ancien régime
Depuis le Moyen Âge, les seigneurs locaux assurent la protection des populations, et pour cela, ils entretiennent des châteaux et des hommes d'arme. En contrepartie, les villageois doivent s'acquitter de taxes diverses.
C'est ainsi qu'ils ont promulgué de nombreuses taxes à destination des paysans :
La taille : cette taxe est payée par les villageois pour se faire protéger en cas de guerre.
Le cens : taxe fixe que le paysan doit payer tous les mois.
Le champart : loyer des terres louées au seigneur qui se calcule en fonction de la récolte obtenue.
Les droits de banalité : taxe des moulins, des fours et des pressoirs que le seigneur a construit pour les villageois.
L'afforage : quand quelqu'un met un tonneau en perce, il doit payer la quantité du tonneau au seigneur.
Le tonlieu : taxe qui permet de s'affranchir de sa seigneurie au profit d'une autre.
Le terrage : sorte de dîme en nature, prélevée soit sur les blés, soit sur les autres produits de la terre.
Les novales : taxe qui se lève sur les terres nouvellement défrichées et mises en valeur. Elles étaient ordinairement attribuées au clergé.
L'indire : droit accordé au seigneur de doubler les taxes dans certains cas particuliers.
La corvée royale : contribution en nature, utilisée au XVIIe siècle, pour l'entretien des chemins et les transports militaires, elle oblige les habitants des paroisses rurales de consacrer, au printemps et à l'automne, une à deux semaines de travail gratuit à la construction ou à l'entretien de tronçons de chemins, sous la direction d'employés des Ponts et Chaussées, la durée varie de 6 à 30 jours annuels, ce qui est lourd pour les travailleurs ruraux.

En 1738, les nobles, les ecclésiastiques et leurs domestiques, les habitants des villes, les septuagénaires, les instituteurs, les bergers de grands troupeaux en sont exemptés, ainsi que les ruraux corvéables qui résident à plus de 4 lieues des chantiers. Les travailleurs ruraux sont découragés, ils ne sèment et ne moissonnent plus pour eux, des jours entiers ils sont employés à la construction des chemins pendant le temps des semailles, de la vigne et des moissons.

G comme Grogne

2 - La famine

Les plantes sauvages sont bien méprisées au cours des siècles de la Renaissance. Ce qui pouvait être que ramassages habituels de plantes pour le souper, probablement unique repas quotidien, était considéré comme des pratiques de bêtes, avilissantes et dégradantes.
A l’époque, peu de légumes actuels se trouvaient spontanément en Europe du Nord : seuls les choux, des salades, quelques herbes aromatiques méditerranéennes (thym par exemple), des fraises des bois, des oliviers, des pruniers… composaient les fruits et légumes cultivés couramment. Mais ce n’est pas pour autant que les ressources végétales étaient faibles. Un nombre important de plantes sauvages comestibles, qui ne sont pas devenues des légumes « reconnus », était présent et consommé quotidiennement avant l’avènement des cultures « exotiques ».
es céréales sont donc devenues au cours des temps l’alimentation principale populaire, sous forme de pains, de bouillies, ou de galettes. Si, même dans les campagnes, cette dépendance aux grains était bien réelle, alors le recours aux herbes devait effectivement se faire qu’en cas de pénurie de céréales. Mais celle-ci touchait probablement plus les villes, complètement dépendantes de la production rurale et ainsi plus sensibles aux baisses de production. Par conséquent, la famine survenait plus rapidement et tragiquement qu’à la campagne où elle débutait peut-être plus par asservissement social que par réelle pénurie d’aliments divers et variés. Sauf si la population rurale considérait déjà, comme nourriture digne, la seule nourriture provenant uniquement des cultures en vigueur de l’époque.

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Imp%C3%B4t_seigneurial

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