E comme Emois

Publié le par Colette Lefevre

Depuis quelques temps Charles est moins triste, il a remarqué qu'en présence de Marie Madeleine, qu'il connaît depuis l'enfance, un merveilleux petit pincement au cœur se fait sentir. Il la trouve si belle, comment se fait-il qu'il ne s'en soit pas aperçu avant ? Quels sont donc ces sentiments inconnus ? Pourquoi se sent-il si timide en sa présence ? Pourquoi a-t-il les mains moites, la gorge serrée, le cœur qui bat la chamade ? Serait-ce cela que l'on appelle l'amour ? Comment le savoir ? A qui en parler ? En tout cas, il a envie d'être avec elle tout le temps et n'aime pas que d'autres garçons s'approchent d'elle et lui parlent. De son côté Marie Madeleine semble aussi s'intéresser à lui, elle lui sourit et semble rougir lorsqu'il la regarde. Marie Madeleine est née le 2 avril 1714 chez ses parents Jacques THOMMERET et Marguerite BOUCHER. Elle a cinq frères plus âgés qu'elle et une sœur plus jeune de quatre ans. Alors qu'elle avait cinq ans, son père est mort, mais elle ne se souvient pas de lui, elle était si petite.

Petit à petit Charles et Marie Madeleine se rapprochent et c'est tout naturellement que le 18 janvier 1731, en  l'église de Bellou, le prêtre vicaire Jacques François Gauguelin  procède à la bénédiction des mariés, des gâteaux et bouteilles de vin déposés sur l’autel qui seront partagés entre les époux et distribués aux invités lors du repas de noce et de l'anneau. Ce moment est important dans cette communauté superstitieuse, certains signes vont déterminer l’avenir du nouveau couple : Charles met l’anneau au doigt de son épouse en s’efforçant de l’enfoncer d’un seul coup jusqu’au bout : il veut montrer par là qu’il sera le maître dans son ménage. Si l’anneau bute sur son doigt, c’est Marie Madeleine qui portera la culotte ! De même, après la bénédiction nuptiale, Charles essaye de se relever plus prestement que Marie Madeleine pour symboliser sa prééminence. Le public observe également les cierges : si l’un s’éteint, c’est le souffle de la mort et le ménage sera bientôt brisé, mais heureusement aucun cierge ne s'éteint.

Le curé adresse quelques mots au nouveau couple et leur rappelle la doctrine de l’Eglise sur la sainteté du lien conjugal. Après la cérémonie on passe à la sacristie pour payer les honoraires du prêtre et signer les registres, et pour la première fois, Charles signe d'une belle écriture un acte officiel, comme il est fier que ce soit l'acte de son mariage. Charles vient d'avoir 19 ans et Marie Madeleine va fêter ses 16 ans, ils sont bien jeunes, mais cela ne lui fait pas peur, il se sent fort et prêt à assumer ses responsabilités. Assistent à leur bonheur, le père de Charles, la mère de Marie Madeleine et ses frères Charles et Robert, ainsi que d'autres parents et amis.

AD Orne Registre paroissial de Bellou-en-Houlme - Cote : 3NUMECRP40/EDPT181-18 Vue 18

AD Orne Registre paroissial de Bellou-en-Houlme - Cote : 3NUMECRP40/EDPT181-18 Vue 18

On prend congé du recteur et le cortège se rend dans la maison de la mère de Marie Madeleine pour le repas de Noces. Dans l'unique pièce de la maison, des couronnes de fleurs et des bouquets pendent au-dessus des mariés. Les tables sont faites avec des échelles placées bout à bout sur des pieux, des planches ont été posées dessus puis recouvertes de pièces de toile.
La tradition pousse chacun à payer son écot sous des formes diverses : en argent, pour éviter une charge trop lourde pour le nouveau couple ou en nature (blé, lin, miel).
Les mariés s’assoient à l’un des bouts : le garçon et la fille d’honneur prennent place près d’eux, ainsi que les invités de marque. Vendredi dernier on a tué un cochon et quelques volailles pour le festin :  soupe grasse, tripes, ragoût, rôtis, se succèdent toute la journée, on boit des vins de toute espèce, de l’eau de vie, on s’égaie, on s’enivre surtout. A la fin du repas, le père de Charles se lève, on se tait. Il récite les grâces et adresse une prière pour le bonheur des époux, une autre pour les morts de l’année. Ensuite on entonne des hymnes latins, des cantiques et des chants.

Puis les jeunes gens se rendent sur la piste de danse, les femmes commencent seules la ronde, les hommes les rejoignent ensuite, tandis que Charles et Marie Madeleine vont se placer des deux côtés de la  porte. Certains invités, habitant loin, sont obligés de partir : Charles leur offre, dans une tasse d’argent, du vin béni ainsi que du gâteau béni dont chacun rompt un morceau. Après leurs départs, les jeunes mariés rejoignent les danseurs et ne dansent qu’ensemble.

Au souper, bien plus simple, Charles et Marie Madeleine servent leurs plus proches parents, qui les avaient servis au déjeuner, et à la fin ils trinquent avec les convives, puis se retirent.

La fête est finie, comme elle fut belle, cependant Charles est un peu nostalgique, il aurait aimé que sa mère soit là, elle lui manque tant, son absence laissera une ombre à son bonheur.

E comme Emois

Les mariages au 18° siècle.

Les bans sont publiés, en théorie, à l’issue du prône des grands-messes les trois dimanches avant la cérémonie du mariage, dans les églises paroissiales des deux fiancés et dans la paroisse de résidence, si on y est « habitué depuis temps compétent », pour assurer la publicité de l’union. Celle-ci est destinée à déjouer la bigamie, crime majeur et permet de célébrer le mariage « sans opposition ni connaissance d’empêchement ».

Les costumes de mariage en Normandie au XVIIIe siècle

La coutume de la robe blanche, symbole de l’innocence, n’apparut qu’à la fin du XVIIIe siècle et ne se répandit vraiment qu’à partir du milieu du XIXe siècle : on se mariait auparavant en costume local, avec des vêtements parfois colorés, parfois sombres, en cette grande occasion chacun mettait son plus bel habit.

La jeune fille porte sa plus belle tenue qui sera ensuite sortie pour les grandes occasions tout au long de sa vie, adaptant la robe à l’évolution de sa morphologie. A l’occasion de son mariage, la jeune fille porte sa plus belle coiffe, son plus beau mouchoir de cou, blanc en mousseline ou en linon brodé. Le bonnet rond ou pierrot choisi pour ce jour est le plus richement orné, fond et passe brodés et volants bordés de dentelle. Les bas portés ce jour sont également blancs et brodés

Le jeune homme porte une chemise et une culotte de toile, la cravate est en fait, un mouchoir de toile noué autour du cou. Les guêtres en toile ou coutil protégent les bas et les jambes. Les chaussures sont réservées aux jours de fête. Enfin, un chapeau à bord en feutre de laine, abritait du soleil et de la pluie.

 

Sources :
http://www.plouguerneau.net/spip.php?article241

https://www.traces-h.net/costumes/normandie-lalaisse-02.html
 

A suivre, chapitre 4 : F comme Fragile

Commenter cet article