C comme Charles Chable

Publié le par Colette Lefevre

Malgré les hivers très rigoureux de 1713, 1715, 1716 et les étés rudes de 1717 et 1718, malgré l'épidémie de dysenterie de 1719, qui a provoqué 236 décès dans la commune, au lieu des 90 habituels, Charles grandit dans ce petit coin de Normandie, à Bellou-en-Houlme, dont est issue sa famille depuis plusieurs générations et où il est né le 2 octobre 1711. Ses parents Nicolas CHABLE et Françoise FERRET sont mariés depuis 5 ans. Il a une soeur Catherine, son aînée de 3 ans, ont suivi 2 frères et 2 soeurs : François en 1715, mais il n'a vécu que 10 jours, Madeleine en 1716, elle décède 3 mois plus tard, Cécile née en 1718 et Julien venu au monde en 1721 mais parti 10 mois plus tard en juillet 1722, juste deux mois après le décès de son grand-père paternel, Chable Jacques.

Ce grand-père, Charles y pense très souvent, il a passé beaucoup de temps, avec lui, dans le marais du Grand-Hazé* et grâce à lui, il y connaît bien la faune comme les notonectes (punaises aquatiques), les libellules, les tritons et les grenouilles ainsi que les carpes, les brochets, les tanches et les anguilles qui font si peur à Catherine mais surtout à Cécile. Il reconnaît les oiseaux lors de leurs transits migratoires ainsi que les hérons cendrés, qui eux, vivent à l'année dans la région. Il connaît bien aussi la flore comme les linaigrettes à feuilles étroites, les sphaignes, les comarets ou encore les herbes vertueuses comme le millepertuis, l'eupatoire chauvine, la reine des prés ou la grand ortie, que sa mère lui a appris à reconnaître et dont elle se sert habituellement pour soigner les petits maux de toute la famille.

C comme Charles Chable

Charles aime ce marais, il s'y sent bien, comme il se sent bien dans la maison familiale, semblable à presque toutes les maisons de cette région, avec ses murs épais faits de bauge, mélange de terre argileuse, de paille ou de foin et de bouse de vache, le tout arrosé d'eau puis foulé aux pieds ou pétri à la main. Les quelques rares fenêtres, étroites, avec des croisées de bois, ne s'ouvrent pas toutes et sont fermées par un lourd volet de bois plein. A la place des vitres, pour se protéger du vent et des intempéries, son père a tendu des papiers huilés, protégés par du grillage. Une lourde porte, faite d'épaisses planches bien isolantes, constellées de clous en fer forgé, protége la famille des gens de guerre qui pillent les maisons, des gens de passage dont on se méfie toujours et même des sorciers ou sorcières que l'on craint tant. L'hiver il y fait très froid, la petite cheminée n'arrive pas à chauffer l'unique pièce où tout le monde s'entasse, l'été l'air y est irrespirable, heureusement dehors les arbres offrent un semblant de fraîcheur, mais chacun est habitué à ces mauvaises conditions de vie et personne ne pense à se plaindre.

Vieille ferme normande

Vieille ferme normande

* Le marais du Grand Hazé est un espace naturel sensible classé Natura 2000 d'environ 200 hectares situé sur les communes de Briouze et de Bellou-en-Houlme, dans le département de l'Orne. C'est la plus vaste zone humide du département de l’Orne. Situé dans une cuvette, le marais possède les paysages les plus divers : landes, prairies, étangs et tourbières.

Il joue un rôle fondamental dans la régulation du cycle de l’eau et assure le maintien des habitats naturels et des espèces rares aux niveaux régional et européen, comme le Fluteau nageant ou la Grande douve pour les espèces végétales mais aussi de nombreux oiseaux, insectes, poissons, amphibiens et reptiles…ainsi que plusieurs espèces de chauves souris.

A suivre : Chapitre 2 : D comme décès

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