J comme Journalier

Publié le par Colette Lefevre

JOURNALIER et autres métiers.
Un journalier est un ouvrier agricole (pauvre), louant sa force de travail à la journée, susceptible de cultiver en une journée un « journal » de terre, unité de surface variable selon les régions et le relief, mais d’environ un demi-hectare ; il représente trente-trois ares — soit un tiers d'hectare — en Saintonge.

Ce terme était aussi employé en ville ou à la campagne pour des salariés qui étaient recrutés « à la journée » pour de nombreux métiers non agricoles (bâtiment, industrie, artisanat, etc.).
Les termes de « brassier » et « manouvrier » (terme qui a perduré avec « manœuvre ») ont un sens proche et désignent également des ouvriers agricoles pauvres ; les deux mots indiquent une personne qui loue sa force physique, ses bras ou ses mains, et qui donc ne possède pas de charrue et animaux de trait, bœufs, cheval ou mulet.
Les journaliers et manouvriers existaient aussi dans les villes, pratiquant une multitude de petits métiers et louant, là, leurs bras à la journée. S’en sortait le mieux celui qui réussissait à se faire embaucher régulièrement, même si les salaires étaient minimes.
Journaliers, brassiers ou manouvriers, représentaient une part importante de la population et vivaient à la frange de la mendicité. En zone rurale, ils subsistaient grâce aux travaux agricoles d'appoint chez les laboureurs ou marchands fermiers mais grâce aussi à la filature de la laine, à l'artisanat ou au transport. Ils servaient encore de main-d'œuvre d'appoint dans le bâtiment, aidaient les bûcherons, fabriquaient des fagots, etc. Les femmes faisaient des lessives ou prenaient des enfants en nourrice.

Comment vivaient ces "journaliers" et les paysans en général ?
La misère paysanne du 17° siècle sous Louis XIV.
Ce siècle fut le siècle des famines, des épidémies et de la grande misère du peuple des campagnes. Pour ajouter encore au poids des charges fiscales, des saisons, souvent rigoureuses, vinrent gâter voire même anéantir les récoltes. Les paysans vivaient tant bien que mal dans les années ordinaires mais ils ne pouvaient rien mettre de côté, il suffisait alors d'une mauvaise récolte pour les jeter dans la plus profonde misère. Dès lors, ils ne pouvaient plus payer leurs charges (impôts, fermages, ...) aussi après avoir vendu les quelques meubles qu'ils possédaient, ils partaient sur les routes pour mendier.
Les paysans se nourrissaient mal, ils ne mangeaient pas à leur faim, bien souvent la nourriture était avariée, le pain rassis, voire moisi, le repas se composait souvent d'une grosse soupe de pain trempé avec de l'huile, du sel et quelques plantes pour donner du goût. L'ouvrier agricole avait un petit jardin où poussaient quelques fruits et légumes, certains avaient un cochon, d'autres travaillaient quelques vignes pour un vin aigre de peu de degrés. Mais ils buvaient surtout de l'eau pas toujours potable.

Au 18° siècle, les paysans habitent dans des maisons en bois ou en boue séchée couverte d'un toit de chaume, n'ayant souvent qu'une seule pièce avec quelques petites fenêtres sans vitre, fermées par des volets en bois. Le sol est en terre battue, quelques coffres, bancs et paillasses constituent le mobilier.
L'alimentation s'améliore sensiblement, au jardin on cultive carottes, poireaux, tomates, navets. En plus du cochon, on élève un ou deux moutons, des poules. Le vin est de meilleure qualité.

Le 19° siècle
La période de la Grande Peur, qui aboutit à l'abolition de tous les privilèges dans la nuit du 4 août 1789, va lever d'un coup toutes les pesanteurs liées à la féodalité. La vente des biens nationaux constitue une vaste redistribution des terres, permettant à certains paysans de s'approprier la terre qui ne leur appartenait pas. Cependant les plus pauvres n'ont pas les moyens d'acheter ces terres. Le poids de la révolution va toucher la paysannerie, parce qu'ils sont les plus nombreux, par la levée en masse des soldats et la réquisition de leurs bêtes qui servent aux travaux des champs.
Le régime impérial de Napoléon va stabiliser la situation des paysans. La hausse des prix agricoles profitent aux paysans, l'insécurité alimentaire est petit à petit résorbée par la diffusion de la pomme de terre, de la betterave, la culture du blé, les disettes sont plus rares. Entre 1815 et 1851, la croissance agricole est incontestable, la production agricole augmente de 78%. En hiver, les paysans inactifs pratiquent l'artisanat à domicile ou travaillent dans des manufactures installées en milieu rural. Le quotidien des paysans s'améliore tant au niveau de la nourriture qu'au niveau matériel.

Sources :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Journalier

Publié dans Challenge A à Z 2016

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Jean-Michel Girardot 11/06/2016 11:25

"un ouvrier agricole (pauvre)" : vous connaissez des ouvriers riches ? Ceci étant la synthèse proposée dans votre article est très intéressante. Pour ce qui est de la pomme de terre, elle a été cultivée bien avant Parmentier dans certaines provinces : Languedoc, Savoie, Alsace ; et dès le XVIe siècle en Espagne.

Colette Lefevre 11/06/2016 14:06

Certes les ouvriers sont pauvres, mais certains sont plus aisés que d'autres, ils possèdent ou une charrue ou un animal de trait. Le journalier lui n'a rien de tout cela, il a ses bras un point c'est tout, donc pauvre parmi les pauvres.
Vous avez tout à fait raison, la pomme de terre est cultivée depuis le XVI° siècle en Espagne, en Italie, au XVII° siècle en Alsace et en Lorraine et en Savoie dès la fin du XVIIe, puis elle est adoptée dans le Midi, en Anjou et dans le Limousin. Cependant il a quand même fallu attendre 1772, pour que les membres de la Faculté de médecine de Paris déclarent que la consommation de la pomme de terre ne présentait pas de danger et permettre ainsi son expansion.