R comme RESISTANCE

Publié le par Colette Lefevre

Une fois n'est pas coutume, mais aujourd'hui ce n'est pas moi qui vais discuter avec un de mes ancêtres, mais c'est un de mes ancêtres qui va nous raconter quelques moments douloureux de sa vie pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet ancêtre, c'est ma mère, elle est encore en vie, mais pour elle, parler de ces moments, est quelque chose de difficile, car ce fut une période dure, qu'elle a toujours essayé d'oublier. Comme je lui ai demandé de me raconter ces moments, pour la transmettre à ses petits-enfants et vous la transmettre aussi, elle a accepté mais, m'a t'elle dit "je ne sais pas si je me rappellerai de tout, car je n'étais encore qu'une enfant".
Voici donc son récit :

"L'exode de juin 1940
À cette époque, nous habitions Champigny-sur-Marne. Début juin 1940, j'avais 10 ans et demi, nous sommes partis en exode. Comme il avait été dit que Paris serait défendu, rue par rue, maison par maison, les gens ont décidé de partir. Mon père était soldat, chauffeur du colonel à Villacoublay, dans la Défense Aérienne Terrestre (D.A.T.). De Villacoublay, ils sont partis, en plusieurs étapes jusque dans les Pyrénées près des grottes de Bétharram.
Ma mère, mon frère, ma sœur et moi, sommes donc partis sur les routes comme de nombreuses autres personnes. Nous avons pris un train depuis la gare d'Austerlitz qui nous a amenés jusqu'à Blois où on a passé la nuit. Le lendemain, on nous a emmenés dans une grange en plein champ, nous y sommes restés plusieurs jours. On dormait sur des bat-flancs, les gens des alentours nous ont donné des couvertures et de quoi manger. On mangeait beaucoup d'asperges, car c'était la pleine saison, mais elles ne pouvaient pas être livrées à Paris. On allait chercher le pain au village d'à côté, il fallait faire la queue.
Le jour qu'on est reparti par la route, on s'est arrêté dans un village et on a dormi dans le grenier du maire du village, dans la paille. Le matin, se sont les avions allemands qui mitraillaient les routes et même les fossés, qui nous ont réveillés. On a repris la route pour aller dans le village suivant où les Allemands étaient arrivés en même temps que nous.
Sur les routes, nous sommes restés plusieurs jours avant d'arriver à Meug sur Beuvron. Une dame a d'ailleurs perdu son bébé, car il avait attrapé des coliques et il n'a pas pu être soigné.
Comme les Allemands avaient envahi Paris, il n'était plus question de défendre la ville, rue par rue, maison par maison, on pouvait donc rentrer chez nous. On devait aller à Romorantin pour prendre un train qui nous ramènerait sur Paris, mais les Allemands nous ont rattrapé à Meung sur Beuvron. Il y avait eu une bataille à l'entrée du village, un tank français brûlait avec les soldats dedans. On est allé dans l'école, on dormait dans la paille, on était assez nombreux. Il y avait une cantine et on mangeait à la cantine. Au bout de quelques jours, on nous a amenés, dans un char à bancs, tiré par des chevaux, jusqu'à une gare qui avait été à moitié détruite par des bombes, peut-être Romorantin-Lanthenay. On est passé à côté d'un monticule de fusils cassés par les soldats français qui avaient été faits prisonniers.

Le chemin parcouru

Le chemin parcouru

De là, nous avons pris le train jusqu'à Orléans. Nous sommes descendus avant le pont à Orléans et nous avons traversé le pont à pied jusqu'à la gare où on a passé la nuit, nous dormions à même le sol.

Le lendemain, nous avons pris un train à bestiaux pour rentrer sur Paris. On a d'ailleurs attrapé des poux noirs dont on a eu beaucoup de mal à se débarrasser. On est arrivé le soir à Paris, car le train s'arrêtait souvent et nous avons passé la nuit dans un hôtel. Le lendemain, quand nous sommes repartis pour rentrer chez nous, on voyait les Allemands défilaient et cela nous faisait mal au cœur. Quand nous sommes rentrés chez nous, nous avons eu la chance de retrouver notre maison en bon état.
Ma grand-mère maternelle et sa mère avaient été évacuées, en rentrant chez elles, elles ont eu la fort désagréable surprise de voir que les soldats allemands avaient fait leurs besoins dans les casseroles. Fort heureusement leurs maisons n'ont pas subi de dégâts.
La résistance
Papa a fait partie des résistants qui ont été décorés, il a reçu trois médailles : une française, la croix de guerre avec une étoile d'argent, une anglaise et une américaine.
Tous les soirs, on écoutait la radio de Londres. Il fallait fermer tous les volets, car il ne fallait pas que la lumière passe, à l'intérieur, on avait des rideaux épais à toutes les fenêtres. Des fois, il y avait des réunions à la maison et nous les enfants, on nous envoyait dans une autre pièce pour apprendre nos leçons.
Un soir en rentrant à la maison, il y avait une mitrailleuse en pièces détachées sur la table, papa était là avec d'autres FFI pour appendre à la monter.

La croix de guerre avec étoile d'argent

La croix de guerre avec étoile d'argent

Plus tard, j'avais une quinzaine d'années, je travaillais à Paris comme apprentie coiffeuse. Papa et Maman faisaient partie, tous les deux, des FFI (Forces Françaises de l'Intérieur). Un jour, mon oncle Philippe, FFI lui aussi, avait reçu un message comme quoi il allait y avoir un bombardement sur la ligne de Paris pour aller en Allemagne, il m'a donné des tracts, que j'ai mis dans mon sac, pour que je les porte à mon père. J'ai rencontré une patrouille, de toute façon, il y avait des Allemands partout et ils fouillaient tout le monde même les sacs des femmes. Mais comme j'étais jeune, ils m'ont dit "Raoust", je n'ai pas demandé mon reste et je suis partie en vitesse. Dire que j'aurais pu être fouillée et arrêtée ! Une autre fois, c'est mon père qui a jeté son paquet de tracts dans l'égout parce qu'il y avait une patrouille allemande.
La vie quotidienne
Un après midi, il y avait eu une alerte, les gens disaient qu'un avion était touché, nous sommes sortis pour voir et j'ai vu un avion canadien en flamme qui est tombé sur les dépôts de la gare de l'Est, au bout de l'impasse où nous habitions. Les 4 aviateurs sont morts dans leur avion.
Une autre fois, en partant pour prendre mon train pour aller travailler, il y avait une alerte, je ne suis pas allée dans un abri, je suis quand même partie. Il y avait un avion anglais à deux queues et un avion allemand qui se mitraillaient, je me suis plaquée contre le mur pour ne pas recevoir des éclats.

Un avion à 2 queues. Photo : fr.wikipedia.org

Un avion à 2 queues. Photo : fr.wikipedia.org

Je prenais le train à la gare de Nogent-sur-Marne, qui était à 3 kilomètres de la maison. Je partais à 7 heures du matin pour commencer à 9 heures. Quand il y avait des alertes, le métro s'arrêtait, les trains ne partaient pas, une fois l'alerte finie, ça redémarrait. Un matin, en arrivant à Paris, ça avait été bombardé dans le quartier du Sacré Coeur, mon oncle Philippe qui habitait au 2ème étage, s'était retrouvait à la cave car tout s'était effondré. Il s'est aperçu que les tuyaux d'eau, mais surtout de gaz, étaient éclatés, il a fait sortir tous ceux qui s'étaient mis à l'abri dans la cave."

Ainsi s'achève son récit, je crois qu'elle ne veut plus en parler, ça lui rappelle trop de mauvais souvenirs. Je sais que maman aurait encore plein de choses à nous dire, mais je ne peux pas et ne veux pas la forcer à revivre ça. Nous nous contenterons de ce récit. Son père est Maurice CHABLE né le 25 mars 1905 à Briouze.

Deux frères de sa mère ont été faits prisonniers : RAVENNE Emile (son nom fait partie de la liste des prisonniers) et RAVENNE Louis (pour lui, je n'ai rien trouvé).
Il est évident que vivre ces moments a dû être très difficile et que ça doit vous hanter le reste de votre vie. Je comprends parfaitement qu'elle veuille l'oublier, je ne lui demanderai plus de m'en parler, mais si elle le fait d'elle-même je noterai soigneusement tout ce qu'elle me dira et compléterai ce billet si besoin est.

* Planche en bois pour séparer les animaux ou lit de planches.

BNF Gallica Liste officielle n° 69 des prisonniers de guerre français : d'après les renseignements fournis par l'autorité militaire allemande :Nom, date et lieu de naissance, unité, n° du camp, "Fronstalag", "stalag" ou "oflag".

BNF Gallica Liste officielle n° 69 des prisonniers de guerre français : d'après les renseignements fournis par l'autorité militaire allemande :Nom, date et lieu de naissance, unité, n° du camp, "Fronstalag", "stalag" ou "oflag".

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Gérard 22/06/2014 08:37

Merci Colette bises